2017 - KONG: SKULL ISLAND

de Jordan Vogt-Roberts (2017) - USA
Avec Tom Hiddletson, Brie Larson, Corey Hawkins, Toby Kebbell, Samuel L. Jackson, John Goodman, John C. Reilly

Face à la déferlante des films Marvel, le studio Warner a bien du mal à tenir la distance, malgré le déploiement des aventures croisées de Superman, Batman, Wonder Woman, Flash et consorts. Pour mettre toutes les chances de son côté, la major tente donc de mettre en place une saga parallèle en remplaçant les super-héros par des grands monstres. Pourquoi pas ? Le succès du remarquable Godzilla de Gareth Edwards laissait entrevoir bien des opportunités, notamment un crossover titanesque qui opposerait le dinosaure de la Toho avec King Kong. 

Cependant, un problème de taille se posait. Kong mesurant six mètres de haut et Godzilla plus de cent mètres, un tel combat eut été absurde. C’est un peu comme si un dragon affrontait un chihuahua. Qu’à cela ne tienne : le nouveau King Kong sera désormais grand comme une montagne. Dicté par la volonté de créer une franchise et non celle d’établir un récit s’appuyant majoritairement sur sa dramaturgie, ce choix empêche hélas toute interaction digne de ce nom entre le grand gorille et les humains, malgré la tentative très maladroite de construction d’une relation émotionnelle entre le personnage féminin incarné par Brie Larson et le grand monstre poilu. 

Situé au début des années 70, Kong : Skull Island mange un peu à tous les râteliers. Si son prologue est un clin d’œil appuyé à Duel dans le Pacifique de John Boorman, le reste du métrage évoque les productions Jerry Bruckheimer des années 90, collectant quelques têtes d’affiche sur le retour (John Goodman, Samuel L. Jackson), saturant la bande son de chansons cool (en l’occurrence tous les clichés musicaux associés habituellement à la période de la guerre du Vietnam) et enchaînant les plans iconiques qui semblent tous êtres conçus pour agrémenter la bande-annonce du film. Certes, ce nouveau Kong regorge de séquences d’action extrêmement récréatives, notamment la première attaque de Kong contre les hélicoptères, et nous offre une faune de mutants antédiluviens pour le moins surprenants (avec une mention spéciale pour l’araignée géante et le céphalopode que Kong transforme en suhsi). 

Mais comment rivaliser face au superbe King Kong de Peter Jackson, tellement plus innovant, surprenant, impressionnant et émouvant ? D’autant que les ambitions de Kong : Skull Island se limitent rapidement à un enchaînement de morceaux de bravoure, lesquels pourraient tout à fait s’intervertir sans perturber le moins du monde la trame d’un scénario préférant l’accumulation à l’évolution. Plus le film avance, plus il nous semble regarder un téléfilm SyFy dont le budget effets spéciaux aurait été miraculeusement boosté. Et que dire de ces indigènes aux jolis maquillages multicolores qui n’ont absolument aucun rôle à jouer dans le film ? Ou de ce post-générique embarrassant, tellement calqué sur ceux de Marvel qu’on s’attend à tout moment à voir surgir Tony Stark ou Nick Fury ? On saluera tout de même le travail du compositeur Henry Jackman dont le déferlement orchestral, difficile à apprécier pendant le métrage, se déchaine avec une belle emphase au cours du générique de fin.

© Gilles Penso
Thema: Singes

2017 - LOGAN

de James Mangold (USA)
Avec Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook, Stephen Merchant, Elizabeth Rordiguez, Eriq La Salle

De toutes les sagas cinématographiques consacrées aux super-héros de comic books, celle des X-Men initiée par Bryan Singer est probablement la plus mature. Comment pourrait-il en être autrement, la franchise démarrant à Auschwitz dans l’enfer de la seconde guerre mondiale ? Plus les épisodes avancent (qu’il s’agisse des aventures collectives des mutants ou de celles, solitaires, de Wolverine), plus cette approche se confirme, sans se départir pour autant de l’aspect récréatif inhérent au genre. 

Mais avec Logan, James Mangold, à la fois scénariste et réalisateur, décide d’abattre toutes ses cartes et de ne céder à aucune concession. Son film sera noir, triste, extrêmement violent et passablement nihiliste. Motivé à l’idée de faire ses adieux définitifs à un personnage qui lui offrit la célébrité, Hugh Jackman nous offre sans doute l’une de ses prestations les plus intenses et les plus impressionnantes. Héros déchu, destitué de son statut d’icône, Wolverine n’a plus rien d’un justicier et gagne chichement sa vie comme chauffeur de Limousine dans une Amérique légèrement futuriste (située en 2029). Lorsqu’il remise son costume sombre, Logan se retrouve dans le refuge décrépit où il a élu domicile avec le mutant Caliban, fuyant comme la peste les rayons du soleil qui brûlent sa peau d’albinos, et avec le professeur Charles Xavier. 

Ce dernier n’est plus qu’un vieillard malade, victime de crises fulgurantes qui altèrent les perceptions des gens autour de lui et s’avèrent particulièrement dangereuses. Logan et Caliban le soignent et se contentent de cette vie misérable… jusqu’à ce que leur routine ne soit troublée par l’arrivée d’une fillette mystérieuse aux pouvoirs étonnants. A partir du moment où les agents du gouvernement, représentés par le cynique et redoutable Donald Pierce (excellent Boyd Holbrook, transfuge de la série Narcos), se mettent à sa recherche, le film abandonne son inertie pour prendre les atours d’un road movie désenchanté. Mais lorsque nos héros en fuite croisent le chemin d’une famille de fermiers, la véritable nature de Logan s’affirme enfin, celle d’un western moderne, ce que confirment les larges extraits de L’Homme des Vallées Perdues diffusés dans une chambre d’hôtel et la voix grave de Johnny Cash entonnant « Hurt » pendant le générique de fin. 

Non content de désacraliser les figures les plus emblématiques de l’univers X-Men (Logan est mourant, Xavier est sénile), James Mangold les inscrit dans un univers futuriste réaliste où les discrets témoignages de l’avancée technologique (les camions robots, les prothèses des soldats, les machines moissonneuses) nourrissent une vision très sévère d’une société gangrénée par les multinationales privilégiant systématiquement le profit à l’éthique. Plus étonnant encore, le film s’approprie la culture populaire liée aux mutants (les bandes dessinées, les figurines) non pour construire un discours méta et référentiel (ce que beaucoup auraient été tentés de faire) mais pour distinguer le monde « réel » et celui du fantasme. Logan s’achève sur une note bouleversante, fermant définitivement un chapitre pour en ouvrir un autre. Comment ne pas préférer mille fois cette audace à celle – vulgaire et faussement provocatrice – de Deadpool ?

© Gilles Penso
THEMA: SUPER-HÉROS

1997 - EVENT HORIZON : LE VAISSEAU DE L'AU-DELA



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(Event Horizon)
De Paul Anderson (USA/GB)
Avec Laurence Fishburne, Sam Neill, Kathleen Quinlan, Joely Richardson, Richard T. Jones, Jason Isaacs

Nanti d’un budget de 70 millions de dollars, Paul W.S. Anderson signait avec Event Horizon un film mêlant la science-fiction et l’épouvante et cherchant une grosse partie de son inspiration du côté du Solaris de Tarkovsky. En 2040, le vaisseau expérimental Event Horizon, parti explorer les confins du système solaire, a disparu sans laisser de traces, quelque part au-delà de la planète Neptune. Sept ans plus tard, un signal vient d'être détecté par le commandement de l'aérospatiale des Etats-Unis. Aussitôt réquisitionnés, le capitaine Miller (Lawrence Fishburne) et son équipe accompagnent le concepteur du vaisseau le docteur William Weir (Sam Neill) sur les lieux du signal. Voguant à bord du « Lewis & Clark », leur mission consiste à localiser et ramener ce vaisseau doté de la toute dernière technologie existante. 

Son cœur possède en effet un noyau capable de créer artificiellement des trous noirs, afin de courber l’espace temps et de se déplacer à une vitesse stupéfiante en n’importe quel point de l’univers. Sur place, le spectacle qui les attend est assez effroyable. Les anciens membres de l’équipage sont réduits à l’état de cadavres desséchés, et toit porte à croire qu’ils se sont entretués, le capitaine clamant en latin sur le journal de bord : « Sauvez-vous de l’Enfer ! ». Bientôt, des visions effrayantes puisées dans leur passé le plus douloureux viennent hanter un à un les membres de l’expédition de secours. « Le vaisseau connaît tout sur mon passé » constate avec inquiétude le capitaine Miller. « Il connaît mes obsessions, il connaît mes secrets aussi. Il s’insinue dans ma tête et me les fait revivre. » 

C’est là qu’Event Horizon rejoint les thématiques de Solaris, si ce n’est qu’Anderson cherche ici à visualiser l’horreur de manière très frontale. D’où quelques visions saignantes dignes d’un Hellraiser (corps suppliciés, écorchés, ensanglantés) ou encore ces flots d’hémoglobine circulant dans les coursives et laissant imaginer – folle idée – que le vaisseau se nourrit du sang de ses victimes. Le montage original était bien plus généreux en séquences gore et cauchemardesques, mais  le réalisateur fut contraint d’en couper vingt bonnes minutes pour éviter une interdiction d’Event Horizon aux mineurs. Tel quel, le film souffre un peu de cette concession, car si l’aspect « space opera » du récit est servi par des effets visuels spectaculaires et particulièrement soignés, l’horreur promise par les méandres du récit se résume à quelques effets de montage trop furtifs pour vraiment toucher le spectateur. 

C’est d’autant plus dommage que l’idée d’un voyage cosmique se terminant en Enfer était pour le moins audacieuse, ce que résume fort bien l’officier D.J. (Jason Isaacs) lorsqu’il déclare : « Ce vaisseau spatial a disparu en franchissant les limites de l’univers, de la réalité scientifique connue. Qui sait où il est allé se perdre, ce qu’il a vu et ce qu’il a bien pu ramener avec lui ? » Un tel postulat aurait dû nous offrir des séquences dignes de Lovecraft, Clive Barker ou Stephen King. Hélas, Event Horizon se contente d’effleurer les Ténèbres du bout des doigts sans jamais oser y plonger à corps perdu.

© Gilles Penso
Thema: SPACE-OPERA

1997 - LES AILES DE LA NUIT


(The Night Flier)
De Mark Pavia (1997) - USA
Avec Miguel Ferrer, Julie Entwisle, Dan Monahan, Michael H. Moss, John Bennes

Publiée en 1993 dans le recueil « Rêves et Cauchemars », la nouvelle « Le Rapace Nocturne » repose sur un principe que son auteur Stephen King résume en début de texte : « Le comte Dracula, titulaire d’un brevet de pilote amateur ». Ce court récit peut par ailleurs s’appréhender comme une sorte de spin-off, puisque son héros, le reporter Richard Dees, était un personnage secondaire du roman « Dead Zone ». Après avoir tenté en vain de tirer un scénario de sa nouvelle, King et son ami producteur Arthur P. Rubinstein (Creepshow, Simetierre, Le Fléau) se tournent vers un nouveau venu, Mark Paiva, dont le court-métrage Drag leur fait forte impression. 

Avec son scénariste Jack O’Donnell, Pavia décide de rester fidèle au texte, à l’exception de l’ajout d’un personnage féminin. Dans le rôle de Richard Dees, Miguel Ferrer excelle, comme à son habitude. Reporter désabusé œuvrant pour le journal à scandale Inside View, il cultive avec cynisme une devise dont il ne démord pas : « ne jamais croire ce que vous publiez et ne jamais publier ce que vous croyez. ». Son rédacteur en chef lui demande d’enquêter sur la mort d’un homme vidé de son sang et découvert dans un aérodrome. Le suspect est un mystérieux pilote qui se fait appeler Dwight Renfield mais que Dees surnomme bien vite « l’oiseau de nuit ». Ce dernier multiplie les victimes, évoluant d’un tarmac à l’autre comme si son avion noir était une sorte de cercueil volant. 

Dans sa nouvelle, Stephen King ne décrit pas le vampire et nous laisse l’imaginer, le reporter ne voyant que son absence de reflet dans le miroir et n’osant pas se retourner pour le regarder. « Dees crut sentir des effluves de cryptes anciennes et de tombeaux scellés dans son haleine » dit l’écrivain. Le film se montre plus démonstratif. Drapé dans un immense cape noire, le monstre a des mains griffues semblables à des serres, mais ne révèle son visage que très tardivement, à dix minutes de la fin, son faciès bestial révélant une gueule démesurément ouverte sur des crocs acérés. Responsable de cet impressionnant maquillage, l’atelier KNB signe aussi les nombreux effets gore du film (tête arrachée d’un cadavre en gros plan, corps ensanglantés après un accident de la route, victimes décapitées, familles entières mutilées…). 

Les Ailes de la Nuit serait une satire mordante de la presse à sensation et du journalisme racoleur si Dan Monahan, qui interprète le rédacteur en chef, ne surjouait pas autant, multipliant les éclats de rire forcés et les sourires carnassiers. La prise de conscience tardive de Dees n’est d’ailleurs pas vraiment justifiée. Cet homme sans scrupule qui retourne les corps ensanglantés pour avoir de meilleures photos déclare ainsi sans raison apparente : « j’en ai ras le bol de photographier des cadavres ». Mais la thématique majeure du récit demeure intacte. Elle pourrait se résumer ainsi : à force de vivre sur la mort des autres, elle finit par vous contaminer comme un lent cancer. Le film développe ainsi un parallélisme intéressant entre le journaliste à scandale et le vampire, tous deux se nourrissant du sang de leurs victimes, jusqu’à un final apocalyptique digne de La Nuit des Morts-Vivants.

© Gilles Penso
Thema: Vampires

1958 - LA FILLE DE FRANKENSTEIN

(Frankenstein’s Daughter)
de Richard E. Cunha (USA)
avec Sandra Knight, Donald Murphy, Sally Todd, Felix Locher, Wolfe Barzell, John Ashley, Harold Lloyd Jr, Robert Dix

Teenage Frankenstein  mettait déjà sérieusement à mal le roman de Mary Shelley pour le muer en foire aux monstres délicieusement grotesque. C’est dans un esprit tout à fait similaire que Richard Cunha nous propose cette Fille de Frankenstein, navrante au premier degré mais franchement drôle au second. Le docteur Oliver Frank, un nouveau descendant de Frankenstein (mais combien sont-ils ?) interprété par Donald Murphy, y poursuit d'étranges travaux. En compagnie du vieux jardinier Elsu, il travaille secrètement à mettre au point un robot humain auquel il ne manque plus que le cerveau. « Grâce à la science et aux écrits de mon père, je réussirai à créer un être parfait », déclame-t-il en regardant le plafond d’un air inspiré. 

Pour conserver l’anonymat, il officie comme simple assistant du professeur Carter, un vieux savant persuadé de pouvoir endiguer la plupart des maux de l’humanité en régénérant les cellules. Mais en secret, Frank compte bien prendre dignement la relève de son père, ordonnant à Elsu de lui ramener des morceaux de cadavres frais en provoquant des accidents, comme le brave jardinier le fit jadis pour Frankenstein senior. Frank expérimente sur Trudy Morton (Sandra Knight), la nièce de son employeur, un sérum qui la transforme temporairement en monstre féroce aux dents proéminentes, aux yeux exorbités, aux sourcils simiesques et à la peau parcheminée. L’intérêt d’une telle expérience nous échappe quelque peu, mais bon… Lorsqu'elle redevient normale, elle se plaint d'affreux cauchemars, tandis que la presse annonce sur cinq colonnes : « Une femme monstre menace la ville ! » et que la police ne sait plus trop où donner de la tête. 

Emporté dans son élan, Frank fabrique ensuite une créature au visage particulièrement ravagé à laquelle il transplante le cerveau d’une autre jeune fille, Suzy (Sally Todd), une amie de Trudy qui l’aguichait. « Le cerveau féminin est conditionné par un monde masculin », décrète-t-il, « il obéit aux ordres ! ». Toutes considérations féministes mises à part, les motivations du savant fou sont de plus en plus nébuleuses. Et que dire de ce grotesque masque en caoutchouc bricolé à la va vite par le maquilleur Harry Thomas pour donner un visage au monstre ? Pour l’anecdote, Thomas ne savait pas, en élaborant ce grimage improbable, que la créature était censée être une femelle. Prévenu au dernier moment, il eut tout juste le temps d’y apposer du rouge à lèvre ! 

Le résultat dépasse toutes les espérances aux yeux des amateurs de nanars gratinés. D’autant qu’Harry Wilson, le pauvre comédien interprétant la créature, adopte une étrange démarche de jouet à ressort, remuant ses bras mécaniquement, grognant, écarquillant les yeux et titillant fortement les zygomatiques des spectateurs. Encombrée des tics inhérents aux « drive in movies » (notamment d’interminables passages musicaux), La Fille de Frankenstein n’est pas tout à fait exempt d’intérêt, notamment grâce à la présence radieuse de Sandra Knight, qui illumine l’écran à chaque apparition, et au jeu savoureux de Donald Murphy, qui excelle dans le registre de la duplicité.

© Gilles Penso
Thema: FRANKENSTEIN

UN HOMMAGE EN IMAGES A CARRIE FISHER




Les Blues Brothers (1980)






Hannah et ses Sœurs (1986)


Quand Harry rencontre Sally (1989)




Austin Powers (1997)


Scream 3 (2000)



2016 - ROGUE ONE : A STAR WARS STORY

de Gareth Edwards (USA)
Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Donnie Yen, Jiang Wen

Le concept pouvait sembler hasardeux : lancer une série de films rattachés à la franchise Star Wars insscrits en marge des épisodes officiels. Voilà qui sentait l’opération marketing destinée à alimenter les bacs à jouets un an avant la sortie de l’épisode 8. C’est donc avec perplexité que les fans de l’univers créé par George Lucas attendaient Rogue One. La surprise et l’enthousiasme n’en sont que plus grands. Au lieu de s’intéresser aux protagonistes iconiques de la saga, Gareth Edwards et ses scénaristes s’attardent sur des personnages secondaires et racontent les batailles oubliées par l’histoire avec un grand H.  Ce choix audacieux transforme Rogue One en un objet filmique unique, une sorte de Canons de Navarone transposé dans le monde des Jedi. 

Les héros de l’ombre y luttent contre l’oppression impériale mais aussi contre leurs propres démons, partagés entre leur sens du devoir et les sacrifices parfois trop douloureux auxquels ils doivent consentir. Face à la dictature imposée par les hommes de Dark Vador, la frontière entre résistance et terrorisme s’avère dangereusement ténue. En ramenant la lutte sur la terre ferme, Rogue One recentre les enjeux et nous offre un autre point de vue. Ici, la destruction d’une planète par l’Etoile Noire n’est pas une abstraction. Elle est vécue de l’intérieur, depuis les villages des habitants soudain condamnés à l’éradication. C’est là que le film de Gareth Edwards tire une grande partie de sa singularité, évitant les écueils du Réveil de la Force. Malgré ses très nombreuses qualités formelles, l’épisode 7 de J.J. Abrams souffrait en effet d’un scénario bardé d’incohérences, d’une propension un peu systématique au « fan service » et d’une trop grande aliénation à la narration de l’épisode 4 dont il constituait quasiment un remake. 

Or s’il respecte totalement l’univers de la trilogie originale, Rogue One s’en distingue par une narration différente et par des choix artistiques inattendus, n’hésitant pas à reléguer à l’arrière-plan les figures les plus mythiques de la saga. Prenant pleinement possession du concept, Gareth Edwards nous offre des visions inédites en s’appuyant pourtant sur l’imagerie que nous connaissons. Personne n’avait encore montré un titanesque Star Destroyer en stationnement au-dessus du temple séculaire d’une ancienne civilisation, une escouade de X-Wings s’éclairant avec des phares pour frayer leur route sous une nuit pluvieuse ou des At-At surgissant de la brume comme des monstres préhistoriques. En recyclant des concepts de Ralph McQuarrie dessinés à la fin des années 70 mais non utilisés, Rogue One multiplie ainsi les tableaux jamais vus sans perdre sa cohérence ni celle qui le rattache au reste de la saga. 

La quête d’un esthétisme en équilibre entre le modernisme et l’hommage à la trilogie originale pousse l’équipe des effets visuels dans ses retranchements, imitant à la perfection les mouvements en stop-motion des Scout Walkers du Retour du Jedi et donnant sciemment aux destroyers de l’Empire des allures de maquettes. L’un des moindres atouts du film n’est pas Michael Giacchino. Avec humilité, le talentueux compositeur entre dans l’univers musical de John Williams dont il s’efforce de restituer toute la tessiture, toute la dynamique et toute l’emphase en minimisant malgré tout l’usage de ses thèmes les plus célèbres au profit d’une majorité de morceaux inédits. Lien idéal entre l’épisode 3 et l’épisode 4, Rogue One s’achève sur un plan extrêmement gratifiant propre à élargir les sourires et à faire briller les yeux des fans de la première heure.

© Gilles Penso
Thema: SPACE OPERA