2005 - THE CALL OF CTHULHU

d’Andrew Leman (Etats-Unis) 
Avec Matt Foyer, Patrick O’Day, David Mersault, Jason McCune, Ralph Lucas, Chad Fifer, Michael Galager, Bruce Graham

Considéré par tous ceux qui ont eu la chance de le voir comme l’une des adaptations les plus fidèles et les plus intelligentes d’un récit d’H.P. Lovecraft, The Call of Cthulhu est un projet fou mené par d’inconditionnels admirateurs de l’écrivain maudit de Providence. Loin des enrobages romantiques façon La Malédiction d’Arkham ou des écarts gore burlesques à la manière de Re-Animator ou From Beyond, The Call of Cthulhu s’efforce de restituer l’esprit et la lettre d’une des nouvelles les plus fameuses de l’auteur, parue en France sous le titre « L’appel de Cthulhu ». 

Avec un budget dérisoire de 50 000 dollars, le réalisateur Andrew Leman et l’équipe de la H.P. Lovecraft Historical Society ont eu l’idée géniale de concevoir un film muet à la façon des classiques de l’horreur des années 20. Le parti pris semble d’autant plus justifié qu’il replace dans son contexte historique le récit original, écrit justement dans les années 20. Reprenant à son compte tout le langage cinématographique de l’époque, tourné en Californie et à Providence au format DVCAM, puis minutieusement traité en post-production pour son grain reproduise à la perfection celui des pellicules muettes (selon un procédé technique baptisé « Mythoscope »), The Call of Cthulhu s’intéresse à un homme (Matt Foyer) prenant la succession de son grand-oncle mourant, le professeur George Fammell Angell (Ralph Lucas). Après avoir ouvert une de ses boites, il découvre que le vieil homme effectuait des recherches approfondies sur le culte de Cthulhu. La curiosité le pousse à fouiller les documents de son oncle, constitués d’articles de journaux, de témoignages écrits et de divers comptes rendus. 

Le film se poursuit alors sous forme de flash-backs adoptant tour à tour le point de vue de plusieurs témoins, permettant via un récit à la première personne de rester proche du style narratif de la nouvelle. Peu à peu, notre héros se laisse obséder par cette enquête, jusqu’à ce qu’il échoue dans un marais tourbeux de la Lousiane où il s’apprête à faire face au monstre ultime. « Certaines légendes parlaient d’un lac caché aux regards des mortels, où demeurait une colossale créature informe, semblable à un polype blanc aux yeux phosphorescents », racontait Lovecraft dans sa nouvelle, ne se hasardant pas beaucoup à décrire l’ignoble créature autrement qu’ainsi : « un monstre vaguement anthropoïde dans ses contours ; mais avec une tête de pieuvre dont la face n’était qu’une masse de tentacules, un corps squameux d’aspect caoutchouteux, des griffes formidables aux quatre membres, et deux longues ailes minces sur le dos. » 

Peu intimidé par la lourde charge de visualiser ce démon, objet de tant de fantasmes et réputé « immontrable », le réalisateur Andrew Leman joue son va-tout en utilisant une figurine animée stop-motion, comme à l’époque du Monde Perdu. En conformant la technique utilisée avec l’époque à laquelle le film est censé avoir été réalisé, le cinéaste fait mouche une fois de plus. A la faveur de ses nombreuses projections en festivals, The Call of Cthulhu s’attira maintes louanges de la part des puristes de l’univers de Lovecraft – pourtant réputés exigeants - et une jolie collection de récompenses.

© Gilles Penso

BONUS : la bande-annonce
  

2001 - DAGON

de Stuart Gordon (Espagne)
Avec Ezra Godden, Francisco Rabal, Raquel Meroño, Macarena Gomez, Brendan Price, Birgit Bofarull, Uxia Blanco, Ferran Lahoz

Près de vingt ans après avoir librement adapté les écrits de H.P. Lovecraft avec les mémorables Re-Animator et From Beyond, le réalisateur Stuart Gordon et le producteur Brian Yuzna ont à nouveau puisé leur inspiration chez l’écrivain neurasthénique de Providence. Dans Dagon, le comédien Ezra Godden semble vouloir prendre le relais de Jeffrey Combs en arborant d’ailleurs une paire de lunettes à la Herbert West (même s’il avoue avoir surtout puisé son inspiration dans le jeu d’Harold Lloyd). A l’humour noir, à l’érotisme morbide et au gore cartoonesque des deux précédents films, le duo préfère ici une épouvante plus lancinante et une horreur plus diluée, comme pour manifester une fidélité plus grande à l’esprit de Lovecraft. 

Effectivement, même si le scénario de Dennis Paolisemble beaucoup plus s’inspirer de la nouvelle « Cauchemar à Innsmouth » (publiée en 1936) que de la très courte histoire « Dagon » (datant de 1917), l’ombre tourmentée du romancier plane assez efficacement sur la première partie du récit. D’ailleurs, l’un des premiers titres du projet, que Gordon le développait depuis la fin des années 80, était « The Shadow Over Innsmouth ». Deux couples en croisière sur un voilier s’échouent sur un esquif aux abords d’un petit village de pêcheurs espagnols du nom d’Imboca (la nationalité ibérique ayant été préférée à celle du texte initial, anglaise, pour des raisons de co-production). Les habitants de cette sinistre bourgade vouent un culte au monstre aquatique Dagon et chacun se mue progressivement en créature marine. 

Les effets de mise en scène s’amusent ainsi à distiller une étrangeté glauque et insidieuse, comme cet hôtelier au cou muni de branchies, ce curé aux doigts palmés, ou ces ruelles sombres hantées par des silhouettes boîteuses et magnifiquement éclairées par un chef opérateur visiblement très inspiré (en l’occurrence le talentueux Carlos Suarez). Mais l’intrigue se met à patiner et à tourner en rond au bout de la moitié du métrage, et l’intérêt finit par se relâcher progressivement. Il faut dire que l’interprétation très approximative du casting américano-espagnol n’aide pas beaucoup le film. On note malgré tout quelques scènes choc assez efficaces, comme l’attaque d’un homme-pieuvre dans une vieille bâtisse inondée, ou l’écorchage vif d’un homme à qui on arrache progressivement le visage, une séquence gorissime à la limite du soutenable. 

De nombreux passages du film évoquent L’Antre de la Folie, notamment les habitants difformes et zombifiés du village, et ce n’est pas un hasard dans la mesure où John Carpenter puisait lui aussi son inspiration dans « Cauchemar à Innsmouth ». Le final nous permet d’apercevoir furtivement le démon Dagon, dont Lovecraft narrait l’apparition avec son emphase habituelle : « D’un aspect répugnant, d’une taille aussi imposante que celle de Polyphème, ce gigantesque monstre du cauchemar s’élança rapidement sur le monolithe, l’étreignit de ses grands bras couverts d’écailles, tandis qu’il inclinait sa tête hideuse. » A l’écran, il prend la forme d’un poulpe géant multiforme qui surgit du fond d’un puits en emportant sa dernière victime. 

© Gilles Penso
Thema: Monstres Marins

VOS JAMES BOND FAVORIS ACTEUR PAR ACTEUR

Quel est votre James Bond favori par acteur ? Autrement dit votre Sean Connery préféré, votre Roger Moore favori, votre Timothy Dalton chéri, le Pierce Brosnan que vous préférez et le Daniel Craig que vous aimez le plus ? (pour Barry Nelson, David Niven et George Lazenby, la question ne se pose pas !). Vous avez répondu au sondage, dont voici le résultat.

Cliquez sur les photos pour les agrandir et sur les titres pour accéder aux fiches détaillées des films.


Sean Connery : Goldfinger de Guy Hamilton


Roger Moore : L'Espion qui m'aimait de Lewis Gilbert


Timothy Dalton : Permis de Tuer de John Glen


Pierce Brosnan : Demain ne meurt jamais de Roger Spottiswoode


Daniel Craig : Casino Royale de Martin Campbell

2016 - PETER ET ELLIOTT LE DRAGON


(Pete’s Dragon) 
de David Lowery (USA)
Avec Bryce Dallas Howard, Robert Redford, Oakes Fegley, Oona Laurence, Wes Bentley, Karl Urban, Isiah Witlock Jr

Si ce remake de Peter et Elliott cultive une certaine nostalgie, elle n’est pas vraiment liée au « classique Disney » dont il s’inspire – avec lequel il n’entretient qu’un faible nombre de points communs – mais à une époque révolue où l’homme entretenait un lien plus étroit avec la nature qu’avec la technologie, et où la révolution numérique n’avait pas encore eu lieu. Il est d’ailleurs difficile de déterminer à quelle époque exactement se situe le film. Les téléphones n’y sont pas portables, les disques sont en vinyl, et tout laisse à penser que nous naviguons dans une ambiance plus proche des années 70/80 que celle du 21ème siècle.

Le réalisateur David Lowery, venu du cinéma indépendant américain, n’insiste pas outre mesure sur le caractère « d’époque » de son métrage. Il apporte en revanche un soin tout particulier à la construction d’un environnement réaliste et naturel. Dans la petite ville imaginaire de Millhaven, les traditions ont la vie dure et la majeure partie des habitants vit en fonction de la grande forêt qui jouxte les habitations. Les autochtones sont bûcherons, gardes forestiers, tailleurs de bois. Ce caractère « terrien » séculaire est symbolisé par le vénérable Monsieur Meacham, qu’incarne avec sérénité Robert Redford. Plongé dans ses rêves de jeunesse, ce personnage résolument spielbergien raconte à qui veut l’entendre sa rencontre avec un dragon dans les bois. L’histoire amuse les enfants, mais la créature magique existe vraiment, et le lien qu’elle entretient avec l’orphelin Peter constitue le cœur et le moteur du récit.

Le jeune héros n’a pas grand-chose à voir avec son modèle de 1977. Ce n’est plus un gavroche en salopette qui fuit sa famille adoptive mais un enfant livré à lui même au milieu de la forêt après l’accident de voiture ayant couté la vie à ses parents. Nous sommes donc plus proches de l’univers de Mowgli, de Tarzan ou de L’Enfant Sauvage. Plus encore que son aîné de quarante ans, Elliott ressemble quant à lui à un gros chien. Il est quadrupède, remue la queue quand il est heureux, a la truffe humide, le regard malicieux, les oreilles dressées, les crocs baveux et le corps couvert de pelage. Mais lorsqu’il déploie ses grandes ailes et s’élève dans le ciel, sa silhouette est incontestablement celle d’un majestueux dragon. Cette impression est confirmée pendant le climax du film, alors que sa colère est déchaînée et qu’il crache des torrents de flammes à l’encontre de ceux qui lui veulent du mal. 

Débarrassé des atours « disneyens » de la version réalisée par Don Chaffey (le mélange de dessin animé et des prises de vues réelles, les chansons), ce nouveau Peter et Elliott assume donc pleinement ses composantes fantastiques sans pour autant se départir d’un certain réalisme dans le traitement des humains. A ce titre, le jeune Oakes Fegley nous touche particulièrement dans la peau de Peter, enfant-loup déraciné qui s’adapte mal à la civilisation malgré un manque cruel d’affection. Voilà toute la force de cette relecture de Peter et Elliott le Dragon : un parfait équilibre entre le conte pour enfants traditionnel et la chronique intimiste, entre le fantastique gorgé d’effets spéciaux spectaculaires et la comédie familiale. 

© Gilles Penso
Thema: Contes

2016 - S.O.S. FANTÔMES

(Ghostbusters)
de Paul Feig (USA)
avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Chris Hemsworth, Leslie Jones, Neil Casey, Cecily Strong, Andy Garcia

Même si son image a été quelque peu écornée par la séquelle médiocre dont Ivan Reitman l’a affublé en 1989, le Ghostbusters original n’a rien perdu de son aura. Fruit d’une alchimie quasi-miraculeuse,  c’est une de ces œuvres cultes dont la connivence avec le public ne fait que se cimenter au fil des ans, comme si les premiers émois ressentis à l’époque s’étaient renforcés d’une solide couche de nostalgie jusqu’à la rendre intouchable. L’idée d’un remake tardif allait forcément faire grincer les dents des aficionados, surtout face à la féminisation systématique du casting principal. On ne peut s’empêcher de soulever un sourcil perplexe devant ce choix étrange qui prend des allures de « discrimination positive » assujettie à une tendance excessive au politiquement correct (celle qui incite à mettre un « e » à la fin du mot « auteur » lorsqu’une femme porte la plume). 

Honnêtement, passée la surprise, ce changement de sexe ne choque pas et prend même les atours d’un rafraîchissement inattendu. Les prémisses du film sont d’ailleurs emplis de promesse. Kristen Wiig est très drôle en conférencière assumant très mal son passé de « chasseuse » des phénomènes paranormaux, et ses retrouvailles amères avec son ancienne amie campée par Melissa McCarthy ne manque pas de sel. Mais le rire tourne court lorsque le film abandonne au bout d’un quart d’heure toute ambition pour cumuler les passages obligatoires et cligner bêtement de l’œil vers le Ghostbusters original, accumulant les références jusqu’à l’indigestion et convoquant la majorité du casting original pour une série d’apparitions éclair navrantes. 

Anonyme, la réalisation de Paul Feig assure le service minimum sans la moindre conviction. Certes, la mise en scène d’Ivan Reitman ne brillait pas non plus par son style, mais la personnalité forte de Bill Muray, Dan Aykroyd et Harold Ramis (et quelque part le fantôme farceur de John Belushi) habitaient chacune des séquences du premier Ghostbusters, le muant en film quasi-experimental mixant l’humour absurde et référentiel du Saturday Night Live aux canons d’une superproduction hollywoodienne à grand spectacle. Mais la spontanéité et le grain de folie n’ont plus cours ici. A force d’essayer de retrouver mécaniquement les recettes qui firent le succès de son modèle, le S.O.S. Fantômes de 2016 ne cache même plus sa nature intrinsèque : le cahier des charges d’un studio dont chaque case est soigneusement cochée. Adieu fraicheur et sincérité, place à la décalque machinale et scolaire. 

Même les effets spéciaux trahissent ce cruel manque d’âme. En 1984, Steve Johnson, Randy Cook et l’équipe de Boss Films rivalisaient d’ingéniosité pour donner corps aux folies du scénario d’Aykroyd et Ramis. Derrière les grimaces en caoutchouc de Slimer, les cavalcades en stop-motion des Chiens de la Terreur et les déambulations titanesques du Bibendum Chamallow, l’inventivité et l’expressivité de ces artistes au tempérament fort transparaissaient sans cesse. Dans le remake, aucun style n’émerge des spectres propres et froids débités par des centaines d’infographistes enchaînés à leurs ordinateurs. Bref, encore un remake qui brille par son inutilité et sa vacuité abyssale.

© Gilles Penso
Thema: Fantômes

LES INCROYABLES TÊTES MINIATURES DE J.C. HONG

J. C. Hong est un artiste à part, capable de sculpter à échelle réduite des visages de comédiens et de personnages cinématographiques avec un réalisme qui laisse pantois. Voici un aperçu de son œuvre, réalisée pour Hot Toys. 











EVIL DEAD : UN HOMMAGE EN ANIMATION


Un superbe hommage à la saga Evil Dead signé par l'animateur Daniel M. Kanemoto. On aime, on partage !