1997 - LES AILES DE LA NUIT


(The Night Flier)
De Mark Pavia (1997) - USA
Avec Miguel Ferrer, Julie Entwisle, Dan Monahan, Michael H. Moss, John Bennes

Publiée en 1993 dans le recueil « Rêves et Cauchemars », la nouvelle « Le Rapace Nocturne » repose sur un principe que son auteur Stephen King résume en début de texte : « Le comte Dracula, titulaire d’un brevet de pilote amateur ». Ce court récit peut par ailleurs s’appréhender comme une sorte de spin-off, puisque son héros, le reporter Richard Dees, était un personnage secondaire du roman « Dead Zone ». Après avoir tenté en vain de tirer un scénario de sa nouvelle, King et son ami producteur Arthur P. Rubinstein (Creepshow, Simetierre, Le Fléau) se tournent vers un nouveau venu, Mark Paiva, dont le court-métrage Drag leur fait forte impression. 

Avec son scénariste Jack O’Donnell, Pavia décide de rester fidèle au texte, à l’exception de l’ajout d’un personnage féminin. Dans le rôle de Richard Dees, Miguel Ferrer excelle, comme à son habitude. Reporter désabusé œuvrant pour le journal à scandale Inside View, il cultive avec cynisme une devise dont il ne démord pas : « ne jamais croire ce que vous publiez et ne jamais publier ce que vous croyez. ». Son rédacteur en chef lui demande d’enquêter sur la mort d’un homme vidé de son sang et découvert dans un aérodrome. Le suspect est un mystérieux pilote qui se fait appeler Dwight Renfield mais que Dees surnomme bien vite « l’oiseau de nuit ». Ce dernier multiplie les victimes, évoluant d’un tarmac à l’autre comme si son avion noir était une sorte de cercueil volant. 

Dans sa nouvelle, Stephen King ne décrit pas le vampire et nous laisse l’imaginer, le reporter ne voyant que son absence de reflet dans le miroir et n’osant pas se retourner pour le regarder. « Dees crut sentir des effluves de cryptes anciennes et de tombeaux scellés dans son haleine » dit l’écrivain. Le film se montre plus démonstratif. Drapé dans un immense cape noire, le monstre a des mains griffues semblables à des serres, mais ne révèle son visage que très tardivement, à dix minutes de la fin, son faciès bestial révélant une gueule démesurément ouverte sur des crocs acérés. Responsable de cet impressionnant maquillage, l’atelier KNB signe aussi les nombreux effets gore du film (tête arrachée d’un cadavre en gros plan, corps ensanglantés après un accident de la route, victimes décapitées, familles entières mutilées…). 

Les Ailes de la Nuit serait une satire mordante de la presse à sensation et du journalisme racoleur si Dan Monahan, qui interprète le rédacteur en chef, ne surjouait pas autant, multipliant les éclats de rire forcés et les sourires carnassiers. La prise de conscience tardive de Dees n’est d’ailleurs pas vraiment justifiée. Cet homme sans scrupule qui retourne les corps ensanglantés pour avoir de meilleures photos déclare ainsi sans raison apparente : « j’en ai ras le bol de photographier des cadavres ». Mais la thématique majeure du récit demeure intacte. Elle pourrait se résumer ainsi : à force de vivre sur la mort des autres, elle finit par vous contaminer comme un lent cancer. Le film développe ainsi un parallélisme intéressant entre le journaliste à scandale et le vampire, tous deux se nourrissant du sang de leurs victimes, jusqu’à un final apocalyptique digne de La Nuit des Morts-Vivants.

© Gilles Penso
Thema: Vampires

1958 - LA FILLE DE FRANKENSTEIN

(Frankenstein’s Daughter)
de Richard E. Cunha (USA)
avec Sandra Knight, Donald Murphy, Sally Todd, Felix Locher, Wolfe Barzell, John Ashley, Harold Lloyd Jr, Robert Dix

Teenage Frankenstein  mettait déjà sérieusement à mal le roman de Mary Shelley pour le muer en foire aux monstres délicieusement grotesque. C’est dans un esprit tout à fait similaire que Richard Cunha nous propose cette Fille de Frankenstein, navrante au premier degré mais franchement drôle au second. Le docteur Oliver Frank, un nouveau descendant de Frankenstein (mais combien sont-ils ?) interprété par Donald Murphy, y poursuit d'étranges travaux. En compagnie du vieux jardinier Elsu, il travaille secrètement à mettre au point un robot humain auquel il ne manque plus que le cerveau. « Grâce à la science et aux écrits de mon père, je réussirai à créer un être parfait », déclame-t-il en regardant le plafond d’un air inspiré. 

Pour conserver l’anonymat, il officie comme simple assistant du professeur Carter, un vieux savant persuadé de pouvoir endiguer la plupart des maux de l’humanité en régénérant les cellules. Mais en secret, Frank compte bien prendre dignement la relève de son père, ordonnant à Elsu de lui ramener des morceaux de cadavres frais en provoquant des accidents, comme le brave jardinier le fit jadis pour Frankenstein senior. Frank expérimente sur Trudy Morton (Sandra Knight), la nièce de son employeur, un sérum qui la transforme temporairement en monstre féroce aux dents proéminentes, aux yeux exorbités, aux sourcils simiesques et à la peau parcheminée. L’intérêt d’une telle expérience nous échappe quelque peu, mais bon… Lorsqu'elle redevient normale, elle se plaint d'affreux cauchemars, tandis que la presse annonce sur cinq colonnes : « Une femme monstre menace la ville ! » et que la police ne sait plus trop où donner de la tête. 

Emporté dans son élan, Frank fabrique ensuite une créature au visage particulièrement ravagé à laquelle il transplante le cerveau d’une autre jeune fille, Suzy (Sally Todd), une amie de Trudy qui l’aguichait. « Le cerveau féminin est conditionné par un monde masculin », décrète-t-il, « il obéit aux ordres ! ». Toutes considérations féministes mises à part, les motivations du savant fou sont de plus en plus nébuleuses. Et que dire de ce grotesque masque en caoutchouc bricolé à la va vite par le maquilleur Harry Thomas pour donner un visage au monstre ? Pour l’anecdote, Thomas ne savait pas, en élaborant ce grimage improbable, que la créature était censée être une femelle. Prévenu au dernier moment, il eut tout juste le temps d’y apposer du rouge à lèvre ! 

Le résultat dépasse toutes les espérances aux yeux des amateurs de nanars gratinés. D’autant qu’Harry Wilson, le pauvre comédien interprétant la créature, adopte une étrange démarche de jouet à ressort, remuant ses bras mécaniquement, grognant, écarquillant les yeux et titillant fortement les zygomatiques des spectateurs. Encombrée des tics inhérents aux « drive in movies » (notamment d’interminables passages musicaux), La Fille de Frankenstein n’est pas tout à fait exempt d’intérêt, notamment grâce à la présence radieuse de Sandra Knight, qui illumine l’écran à chaque apparition, et au jeu savoureux de Donald Murphy, qui excelle dans le registre de la duplicité.

© Gilles Penso
Thema: FRANKENSTEIN

UN HOMMAGE EN IMAGES A CARRIE FISHER




Les Blues Brothers (1980)






Hannah et ses Sœurs (1986)


Quand Harry rencontre Sally (1989)




Austin Powers (1997)


Scream 3 (2000)



2016 - ROGUE ONE : A STAR WARS STORY

de Gareth Edwards (USA)
Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Donnie Yen, Jiang Wen

Le concept pouvait sembler hasardeux : lancer une série de films rattachés à la franchise Star Wars insscrits en marge des épisodes officiels. Voilà qui sentait l’opération marketing destinée à alimenter les bacs à jouets un an avant la sortie de l’épisode 8. C’est donc avec perplexité que les fans de l’univers créé par George Lucas attendaient Rogue One. La surprise et l’enthousiasme n’en sont que plus grands. Au lieu de s’intéresser aux protagonistes iconiques de la saga, Gareth Edwards et ses scénaristes s’attardent sur des personnages secondaires et racontent les batailles oubliées par l’histoire avec un grand H.  Ce choix audacieux transforme Rogue One en un objet filmique unique, une sorte de Canons de Navarone transposé dans le monde des Jedi. 

Les héros de l’ombre y luttent contre l’oppression impériale mais aussi contre leurs propres démons, partagés entre leur sens du devoir et les sacrifices parfois trop douloureux auxquels ils doivent consentir. Face à la dictature imposée par les hommes de Dark Vador, la frontière entre résistance et terrorisme s’avère dangereusement ténue. En ramenant la lutte sur la terre ferme, Rogue One recentre les enjeux et nous offre un autre point de vue. Ici, la destruction d’une planète par l’Etoile Noire n’est pas une abstraction. Elle est vécue de l’intérieur, depuis les villages des habitants soudain condamnés à l’éradication. C’est là que le film de Gareth Edwards tire une grande partie de sa singularité, évitant les écueils du Réveil de la Force. Malgré ses très nombreuses qualités formelles, l’épisode 7 de J.J. Abrams souffrait en effet d’un scénario bardé d’incohérences, d’une propension un peu systématique au « fan service » et d’une trop grande aliénation à la narration de l’épisode 4 dont il constituait quasiment un remake. 

Or s’il respecte totalement l’univers de la trilogie originale, Rogue One s’en distingue par une narration différente et par des choix artistiques inattendus, n’hésitant pas à reléguer à l’arrière-plan les figures les plus mythiques de la saga. Prenant pleinement possession du concept, Gareth Edwards nous offre des visions inédites en s’appuyant pourtant sur l’imagerie que nous connaissons. Personne n’avait encore montré un titanesque Star Destroyer en stationnement au-dessus du temple séculaire d’une ancienne civilisation, une escouade de X-Wings s’éclairant avec des phares pour frayer leur route sous une nuit pluvieuse ou des At-At surgissant de la brume comme des monstres préhistoriques. En recyclant des concepts de Ralph McQuarrie dessinés à la fin des années 70 mais non utilisés, Rogue One multiplie ainsi les tableaux jamais vus sans perdre sa cohérence ni celle qui le rattache au reste de la saga. 

La quête d’un esthétisme en équilibre entre le modernisme et l’hommage à la trilogie originale pousse l’équipe des effets visuels dans ses retranchements, imitant à la perfection les mouvements en stop-motion des Scout Walkers du Retour du Jedi et donnant sciemment aux destroyers de l’Empire des allures de maquettes. L’un des moindres atouts du film n’est pas Michael Giacchino. Avec humilité, le talentueux compositeur entre dans l’univers musical de John Williams dont il s’efforce de restituer toute la tessiture, toute la dynamique et toute l’emphase en minimisant malgré tout l’usage de ses thèmes les plus célèbres au profit d’une majorité de morceaux inédits. Lien idéal entre l’épisode 3 et l’épisode 4, Rogue One s’achève sur un plan extrêmement gratifiant propre à élargir les sourires et à faire briller les yeux des fans de la première heure.

© Gilles Penso
Thema: SPACE OPERA

2000 - A L'AUBE DU SIXIEME JOUR



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(The 6th Day)
de Roger Spottiswoode (USA)
avec Arnold Schwarzenegger, Robert Duvall, Michael Rooker, Michael Rapaport, Tony Goldwyn, Sarah Wynter, Rodney Rowland

Après avoir cumulé échec sur échec, Arnold Schwarzenegger s’est mis en tête de retrouver les bonnes vieilles recettes qui, jadis, firent son succès. Le voilà donc embarqué dans un thriller futuriste agrémenté de doubles, de complots et de faux-semblants, avec de forts relents de Philip K. Dick en général et de Total Recall en particulier. Certes, Roger Spottiswoode n’est pas Paul Verhoeven (même si son talent est indéniable lorsqu’il s’attelle à des films musclés tels qu’Under Fire ou Demain ne meurt jamais), et A l’Aube du Sixième Jour ne marquera guère les annales de la SF. Mais il faut reconnaître que le scénario de Cormac et Marianne Wibberley, habile, sait ménager les moments palpitants sans s’encombrer de temps morts, glissant de temps en temps quelques clins d’œil à celui de Blade Runner (le test psychologique lié à la tortue dans le désert, l’allusion au serpent cloné). 

Schwarzie y incarne Adam Gibson, un pilote d’hélicoptère du futur, qui survit in extremis à un accident pour découvrir qu’il a été remplacé par un clone auprès de sa famille. Or le clonage humain est illégal. Sur le point de s’opposer à son double, Gibson est pris en chasse par des tueurs à la solde de celui qui l’a cloné. Le voilà bientôt plongé dans le maelström d’une conspiration politique dont les tenants et les aboutissants lui échappent quelque peu… Le futur décrit ici n’est pas révolutionnaire mais regorge d’idées amusantes : animaux clonés, poupées robots, petites amies virtuelles, ordinateurs omniprésents… Hélas, les considérations morales et métaphysiques liées au thème du clonage sont abordées de manière relativement superficielle, comme si l’on craignait que le spectateur n’en ait pas pour son argent. 

De fait, A l’Aube du Sixième Jour se concentre surtout sur ses poursuites de voitures et d’hélicoptères, ses fusillades et ses explosions à foison. Même les longues séquences de dialogues, comme celle de Gibson avec son collègue de travail, sont filmées comme des scènes d’action. Il faut donc se contenter de variantes ludiques sur le sujet de l’eugénisme, qui voient notamment les chasseurs de prime mourir et ressusciter toutes les cinq minutes, pour peu qu’on les clone à nouveau et qu’on leur injecte la mémoire de leur moi précédent. Une idée scénaristique jubilatoire, certes, mais qui se contente de réutiliser superficiellement l’un des motifs développés dans le roman « Le Canal Ophite » écrit en 1977 par John Varley. 

Les questionnements éthiques se résument à quelques répliques sans audace, comme lorsque ce bon vieil Arnold déclare solennellement qu’une seule personne a le droit de décider ou non si les clones devraient exister : Dieu. Avec un peu plus d’ambition, ce Sixième Jour aurait presque atteint les sommets vertigineux de son admirable modèle Total Recall. Ses prétentions n’allant pas si loin, il se contente du statut de film d’action et de SF bien troussé, distrayant d’un bout à l’autre et solidement construit, mais condamné à l’oubli quelques heures à peine après son visionnage. Qu’importe : deux heures de divertissement sans faille, ce n’est déjà pas si mal.

© Gilles Penso
Thema: DOUBLESFUTUR

2003 - PIRATES DES CARAÏBES - LA MALEDICTION DU BLACK PEARL



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(Pirates of the Caribbean: The Curse of the Black Pearl)
de Gore Verbinski (USA)
avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Geoffrey Rush, Jack Davenport, Jonathan Pryce, Lee Arenberg

Après les romans, les BD et les jeux vidéo, Hollywood a trouvé au début des années 2000 une nouvelle source d’inspiration : les parcs à thème. Evidemment, savoir que le scénario de ce film repose sur une des attractions de Disneyland n’incitait pas à priori à l’enthousiasme. Fort heureusement, les pantins animatroniques qui s’animent depuis des décennies dans le parc de Mickey ne sont qu’un prétexte, habilement recyclé par un script fou mixant le film de pirates avec le thème des zombies. Nous sommes au 17ème siècle. Le perfide pirate Barbossa, capitaine du Black Pearl, attaque la ville de Port Royal et enlève la fille du gouverneur, Elizabeth Swann. Will Turner, l’ami d’enfance d’Elizabeth, se lance aux trousses du capitaine aux côtés du flibustier Jack Sparrow. Celui-ci mène une vengeance personnelle, car jadis Barbossa l’a abandonné sur une île des Caraïbes en reprenant la barre du Black Pearl à sa place. Mais une malédiction frappe Barbossa et ses pirates. Lorsque la lune brille, ils se transforment en morts-vivants. Leur terrible sort ne prendra fin que le jour où le fabuleux trésor qu'ils ont amassé sera restitué... 

Le film se pare d’un casting haut de gamme, avec en tête un Johnny Depp qui crève l’écran en pirate déjanté. Sa première apparition donne le ton : debout sur la vigie d’un navire en piteux état, il avance nonchalamment jusqu’à mettre un pied sur le ponton du port, tandis que son bateau s’enfonce sous les flots derrière lui ! A ses côtés, Orlando Bloom, l’inoubliable Legolas du Seigneur des Anneaux, est impeccable en jeune premier sautillant et transi d’amour pour la belle Keira Knightley, qui constitue quant à elle la révélation du film. Sans oublier les prestations savoureuses de Geoffrey Rush (Shine) en chef des pirates et de Jonathan Pryce (Brazil) en père de la belle. Le récit prend d’abord les allures d’une comédie d’aventure traditionnelle, avec pugilats acrobatiques à l’épée, poursuites de navires et séquences d’abordage. Puis soudain, l’histoire bascule dans l’épouvante pure, avec des débordements qui surprennent de la part des studios Disney, d’habitude bien frileux en la matière. 

Or ici les morts violentes se succèdent, les pirates-zombies sont particulièrement effrayants, et les séquences gore comiques sont même de la partie, comme cette fourchette plantée dans l’œil d’un des morts-vivants, ou ce bras squelettique qui attaque l’un des protagonistes. L’une des plus belles idées visuelles du film est la lumière de la lune qui révèle l’apparence cadavérique des corsaires lorsqu’ils sont éclairés par son faisceau, via de magnifiques trucages visuels qui permettent d’alterner sans cesse comédiens réels et zombies en 3D. Quant à l’affrontement homérique entre les revenants squelettiques et les militaires, il s’agit d’un énième hommage à la séquence finale de Jason et les Argonautes, réalisé avec une fougue admirable par un Gore Verbinski visiblement très inspiré. Dommage que la partition de Klaus Badelt se contente de suivre les sentiers balisés par Hans Zimmer sur The Rock et Gladiator au lieu de mieux s’adapter au souffle épique que générait un tel scénario.

© Gilles Penso
Thema: ZOMBIES


1983 - LES DENTS DE LA MER 3



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(Jaws 3D)
de Joe Alves (USA)
avec Dennis Quaid, Bess Armstrong, Louis Gossett Jr, Simon Mac Corkindale, Lea Thomson, John Putch, P.H. Moriarty, Dan Blasko

Si Les Dents de la Mer 2ème Partie ne parvenait guère à renouveler le mythe créé par Steven Spielberg, Jeannot Szwarc y avait injecté une mise en scène efficace et des séquences plutôt bien ficelée. En revanche Joe Alves, directeur artistique promu réalisateur à l’occasion de cette seconde séquelle, ne réussit plus vraiment à faire illusion. Au cours de la scène d’intro, un poisson se retrouve décapité en vue subjective, puis sa tête se met à flotter à l’avant-plan, au beau milieu de l’océan, en un plan spécifiquement conçu pour le relief. Car Les Dents de la Mer 3 a été tourné en 3D, conformément à un regain aussi soudain qu’éphémère pour ce procédé très en vogue dans les années 50. Tout au long du métrage, des séquences d’une grande gratuité exploitent donc la vue tridimensionnelle (bras tranché qui flotte, visite en bathyscaphe d’un vieux galion échoué sous l’eau, tir à l’arbalète, cascades en ski nautique), tandis que le compositeur Alan Parker (aucun lien avec le réalisateur de Midnight Express) reprend servilement le thème de John Williams. 

Le scénario, qui emprunte sans risque la structure habituelle des films catastrophe, commence par l’inauguration de Sea World, un nouveau parc d’attractions sous-marines équipé de galeries en plexiglass et d’un laboratoire immergé où le public peut voir évoluer des dauphins, des phoques et même des requins, le tout étant installé dans un lagon artificiel relié à la mer par un canal. Mike Brody (Dennis Quaid), qui y est employé, retrouve bientôt son jeune frère Sean (John Putch), tous deux étant le seul lien entre ce film et les deux précédents (ce sont les fils du shérif joué par Roy Scheider). Une fois que tous les protagonistes sont en place (l’entrepreneur incarné par Lou Gossett Junior, le cinéaste intrépide que campe Simon McCorkindale, l’employée de Sea World jouée par Lea Thompson), la menace prend enfin la forme prévisible d’un grand requin blanc. Capturé et exhibé dans le parc, le poisson carnivore ne survit pas à sa captivité… 

Et c’est là qu’intervient sa mère, longue de dix mètres et pas du tout contente. Si les protagonistes et les dialogues rivalisent d’insipidité et de stupidité, les scènes de panique fonctionnent plutôt bien, notamment grâce à l’excellence des effets spéciaux mécaniques qui rendent le monstre fort impressionnant. Quelques séquences choc font également mouche, comme l’apparition d’une tête de victime défigurée au milieu d’un aquarium, ou l’engloutissement intégral d’un homme par la maman requin en colère. Mais cette seconde séquelle demeure grossière d’un bout à l’autre et s’achemine vers un final singulièrement tiré par les cheveux. Difficile de reconnaître dans ce fatras d’incohérences la patte de Richard Matheson, excellent auteur de science-fiction qui fut sollicité pour écrire le scénario mais dont le travail fut saboté par une batterie d’auteurs additionnels. On regrette surtout qu’Universal ne soit pas allé au bout de son idée initiale, qui consistait à faire de ce troisième épisode une parodie titrée Jaws 3 – People 0 et réalisée par Joe Dante. Le résultat eut certainement été plus réjouissant que cette baudruche en relief sans âme.

© Gilles Penso
Thema: Monstres Marins