1957 - LA MARQUE

(Quatermass 2)
de Val Guest (Grande-Bretagne)
avec Brian Donlevy, John Longden, Sid James, Bryan Forbes, William Franklyn, Vera Day, Charles Lloyd Pack, Tom Chatto


Egalement connu en France sous le titre trompeur de Terre contre Satellites, La Marque raconte la suite des aventures du professeur Bernard Quatermass, amorcées au cinéma avec Le Monstre en 1956. Un an plus tard, Val Guest retrouve le scénariste Nigel Kneale et le comédien Brian Donlevy pour un nouveau thriller de science-fiction particulièrement bien ficelé. Quatermass 2 démarre sur des chapeaux de roues, invitant le spectateur à prendre l’action en route sans le moindre préliminaire. Un jeune couple en voiture fonce en pleine nuit à la recherche d’un hôpital et manque d’entrer en collision avec le véhicule de Quatermass. Ce dernier s’arrête pour leur venir en aide et découvre que le jeune homme souffre d’un mal étrange. Une marque purulente en forme de V orne sa joue, et il bascule bien vite dans la démence. Terrifiée, la jeune fille accuse de tous les maux des pierres mystérieuses qui seraient tombées du ciel dans une petite ville en pleine campagne britannique.

Tandis que Quatermass entreprend de faire analyser les pierres, le centre d’étude spatiale où il officie détecte une pluie d’objets non identifiés venus des étoiles. Le vaillant professeur (toujours aussi savoureusement irascible et autoritaire) mène sa propre enquête dans la bourgade en question et découvre une usine sévèrement gardée et entourée de secret. Pour pouvoir y pénétrer, il va devoir se heurter aux rouages rouillés de l’administration, dans une lutte très kafkaïenne, et s’adjoindre l’assistance de son ami l’inspecteur Lomax (John Longden) de Scotland Yard. Lorsqu’il découvre le fin mot de l’histoire, il n’en croit pas ses yeux. Des extra-terrestres en forme de blobs hideux et gigantesques souhaitent en effet s’établir sur Terre. Pour parvenir à leurs fins, ils contaminent et manipulent les humains à l’aide d’une substance vivante contenue dans les pierres tombées du ciel.

La tension croît donc progressivement dès la première minute du film, en même temps qu’un sentiment de paranoïa qui sait pourtant éviter les lieux communs rattachés au thème du « ils sont parmi nous » popularisé par L’Invasion des Profanateurs de Sépulture. La Marque ne recule pas devant les séquences d’horreur pure, la plus marquante étant sans conteste l’homme brûlé par un humus visqueux en combustion qui descend une longue échelle puis vient s’écrouler devant Quatermass avant d’agoniser en fumant. Les blobs eux-mêmes sont d’abord vus furtivement à travers un hublot de l’usine qui sert à les acclimater progressivement à l’atmosphère terrestre.

Effrayante, cette vision évoque les textes de Lovecraft, comme en témoigne cet extrait de « L’Appel de Chthulhu » : « Le monstre était indescriptible - aucun langage ne saurait rendre de tels chaos de folie immémoriale et hurlante, cette hideuse contradiction de toutes les lois de la matière, de l’énergie et de l’ordre cosmique. » Lorsque les monstres s’échappent en détruisant l’usine, le film emprunte le registre de Godzilla, mais les maquettes sont réussies et l’atmosphère nocturne permet de préserver l’aspect cauchemardesque du climax. Bref, Quatermass 2 est une réussite indéniable, annonçant un troisième épisode encore plus audacieux.

© Gilles Penso
Thema: BLOB, EXTRA-TERRESTRES