1999 - STAR WARS EPISODE 1 : LA MENACE FANTOME

(The Phantom Menace)
de George Lucas (1999) - USA
avec Ewan McGregor, Liam Neeson, Natalie Portman, Jake Lloyd, Ian McDiarmid, Pernilla August, Ray Park, Frank Oz

LA CRITIQUE POUR
Parce qu’il a créé la saga originale la plus influente de l’histoire du cinéma américain et misé sur le merchandising pour acheter son indépendance au sein de l’industrie, George Lucas a hérité d’un empire économique florissant mais aussi du public le plus caractériel qui soit. Chacune de ses décisions artistiques se trouve remise en cause par des légions de fans qui, la plupart du temps, n’hésitent pas à la condamner sans appel – accusant régulièrement l’auteur de trahir son propre univers. Comment est-il possible de se trahir soi-même ? La question reste ouverte…
 
En ce sens, La Menace Fantôme est la plus mal-aimée de ses créations : fautif par avance de n’avoir pas tenu une promesse à laquelle les aficionados s’accrochaient bec et ongles (bien que le cinéaste ne l’ait jamais faite !), l’œuvre déroute par ses options d’écriture et ses partis-pris esthétiques en décalage avec l’ancienne trilogie légendaire (faisant les frais de cette tendance qui consiste à juger, sur la base des émois du passé, le film qu’il aurait fallu faire plutôt que celui qui existe). Jusqu’alors, Star Wars était une saga guerrière portant sur une période assez brève, où chaque film rebondissait sur le précédent sans rupture temporelle conséquente. Lucas tentait notamment d’y exprimer son amour des serials spatiaux et des écrits de Tolkien. Seize ans plus tard, ses envies ont évolué. La nouvelle trilogie s’ouvrira donc par un opus fort surprenant : solaire, coloré, rutilant, volontiers infantile, chatoyant à outrance, bourré d’images de synthèses, plus porté sur les intrigues de couloir que sur l’action pure…
 
Toutes les attentes achoppent sur tant de nouveautés, et il faut se rendre à l’évidence : cette saga n’est tout simplement pas le prolongement thématique de sa grande sœur. Comment un système démocratique bascule-t-il dans la tyrannie, sans coup d’état et avec l’approbation de tous ? Telle est la problématique complexe que substitue le cinéaste à la guérilla menée par Luke Skywalker et ses amis. Dès lors, les personnages bondissants deviennent des figures hiératiques issues de la tragédie grecque ; les décors usés sur plateau deviennent des peintures numériques dont le lissage exprime l’opulence et l’harmonie d’un monde avant son déclin ; le ton adolescent devient un fantasme d’enfant idéalisé – Lucas choisissant de modeler ses films selon le point de vue d’Anakin Skywalker (ici entouré de créatures improbables à la Jar-Jar Binks, jouant à Ben-Hur dans une course mortelle et finissant par sauver la mise en pilotant un vaisseau spatial).

De plus, Lucas opte pour un double-mouvement complexe qui rend son travail d’autant plus riche et virtuose : d’un côté ce nouvel axe à la tonalité inédite ; de l’autre un réseau parallèle d’échos et de variations sur les motifs-phares des films précédents, mais selon une approche strictement formelle, « musicale », et pas du tout narrative. Les fans de la première heure espéraient sans doute l’inverse, et cette Menace Fantôme sera pendant un temps le blockbuster le plus incompris de son époque – jusqu’au Royaume du Crâne de Cristal de Spielberg (… et Lucas !). Gageons que lorsque notre génération aura fait place nette, alors les choses s’aplaniront, le fossé se comblera, et cette seconde trilogie regagnera ses lettres de noblesse dans l’œil vierge d’un nouveau public plus objectif, imperméable aux anciens griefs.

© Morgan Iadakan

LA CRITIQUE CONTRE

Seize ans après Le Retour du Jedi, George Lucas se lançait dans une préquelle de sa légendaire saga interplanétaire, attendue comme le messie par une myriade de fans surexcités. Les premiers posters du film, sur lesquels un petit garçon ressemblant comme deux gouttes d'eau à Luke Skywalker projetait dans le désert de Tatooine l'ombre de Dark Vador, attisait efficacement les espoirs, tout comme la bande originale de John Williams en circulation avant la sortie du film, où le célèbre thème de la marche impériale était décliné sur un mode paisible, presque enfantin. Evidemment, la promesse était trop grande. La déception n'en fut que plus intense. George Lucas aurait-il perdu en cours de route la flamme qui l'animait jadis ? N'aurait-il conservé que la patine en oubliant les fondations de son œuvre ?
 
Paradoxalement, le fameux texte déroulant d'introduction, qui s'avère incompréhensible à sa première lecture tant la situation politique décrite nous échappe, laisse présager une complexité qui contraste avec la naïveté - la puérilité ? - du film lui-même. La Menace Fantôme démarre pourtant bien. En un plan métonymique typiquement spielbergien, deux faiseaux de sabres laser luisent dans la fumée, évoquant à eux seuls la puissance des chevaliers Jedi. Mais la construction dramatique de cet épisode s'avère totalement déséquilibrée, le rythme se ralentissant progressivement jusqu’à un gigantesque passage à vide qui fit décrocher plus d’un spectateur. Certes, Lucas nous offre une splendide course de bolides sur la planète Tatooine très inspirée de Ben-Hur, au cours de laquelle le jeune Anakin Skywalker lutte pour sa liberté. Mais la qualité de la mise en scène et des effets visuels ne suffisent à nous captiver que superficiellement, car d’un point de vue strictement narratif, cette course est absurde. Pourquoi, malgré ses pouvoirs, le chevalier Qui-Gon Jinn laisse-t-il un gamin de huit ans risquer ainsi sa vie alors qu’il pourrait en un claquement de doigts l’arracher à ses esclavagistes ?
 
Fort heureusement, le dernier tiers du film rattrape en partie ces carences. Le souffle épique qu’il dégage, la chorégraphie des combats et la partition de John Williams nous rappellent d’un seul coup que nous sommes bien dans cette Guerre des Etoiles qui nous avait tant fait rêver. Il faut d’ailleurs avouer que si le charme opère enfin, c’est que nous sommes en terrain connu. En effet, le triple combat monté en action parallèle dans cette dernière partie du récit calque sa construction sur le dénouement du Retour du Jedi . « Lorsque La Menace Fantôme entra en production, ILM n’avait encore jamais pris en charge un film contenant 2000 plans truqués », raconte Kevin Rafferty, superviseur des images de synthèse. « Pour y parvenir, nous avons partagé le travail en trois équipes, chacune dirigée par son propre superviseur d’effets visuels : Dennis Muren, John Knoll et Scott Squires. » (1)
 
Effectivement, le foisonnement des effets numériques est parfois étourdissant à l’écran. Mais un sentiment mitigé demeure. Alors que le casting humain est plein d’intelligence, Lucas n’a pas résisté à la tentation d’une profusion de créatures ridicules et inutiles, la pire de toutes étant sans conteste l’amphibien rasta Jar Jar Binks qui multiplie les pitreries tout au long du film pour assurer le rôle bien superflu de faire-valoir comique. Il en est de même pour les décors. On a beau s’extasier devant le magnifique palais princier tout droit sorti d’un album de "Flash Gordon", on ne peut s’empêcher de rester perplexe face au siège des Maîtres Jedi, une espèce d’appartement new-yorkais Art déco perdu dans une forêt de buildings sillonés par des voitures volantes. Ce premier épisode présente certes le mérite de donner fortement envie au public de voir les deux épisodes suivants, lesquels poseront les inexorables jalons du noir destin d’Annakin Skywalker. Mais la suite de cette nouvelle trilogie, malgré de nombreux morceaux de bravoure, n'arrivera jamais à la cheville de celle qui l'inspira.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2008
 
© Gilles Penso  
Thema: SPACE OPERA, ROBOTS

Voir aussi
La Guerre des Etoiles de George Lucas
  L'Empire Contre-Attaque d'Irvin Kershner
Le Retour du Jedi de Richard Marquand

Star Wars épisode 2 : L'Attaque des Clones de George Lucas
Star Wars épisode 3 : La Revanche des Sith de George Lucas

BONUS : Reg Park alias Darth Maul en pleine séance d'entraînement