2008 - WATCHMEN - LES GARDIENS

(Watchmen)
de Zack Snyder (Etats-Unis)
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Matthew Goode, Billy Crudup, Jeffrey Dean Morgan, Carla Gugino


Lorsqu’ils furent publiés en 1986, les six tomes de « Watchmen » firent l’effet d’une bombe dans le milieu de la bande dessinée. Le manichéisme inhérent au thème du super-héros y était sérieusement mis à mal, sous la plume acerbe d’Alan Moore et le crayon expressif de Dave Gibbons. Inscrite dans le contexte paranoïaque de la guerre froide, l’intrigue à tiroirs mettait en scène sept justiciers masqués mis à la retraite suite à une loi interdisant leurs activités : l’acrobatique Ozymandias, le redoutable Rorschah, la sculpturale Miss Jupiter, l’inventif Hibou, l’insaisissable Docteur Manhattan et le brutal Comédien. Inspirés des personnages des univers Marvel et DC, chacun d’eux permettait de soulever des questions jusqu’alors rarement évoquées . Les « exploits » des super-héros ne présentent-ils pas les risques d’une dérive d’autodéfense à la limite du fascisme ? Comment les justiciers masqués vivent-ils leur cessation d’activité ? Quelle est leur prise de position face aux événements politiques qui secouent leur pays ?

L’envie de porter à l’écran ce comic book atypique titilla très tôt Hollywood, et de nombreux réalisateurs s’y frottèrent, de Terry Gilliam à Daren Aronofsky en passant par Michael Bay et Paul Greegrass. Mais chaque tentative échoua, et l’on ne peut que se réjouir de la récupération du projet par Zack Snyder. Même si Alan Moore refusa catégoriquement de s’impliquer dans le film (comme ce fut le cas pour les adaptations précédentes de ses œuvres – From Hell, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, V pour Vendetta), comment pouvait-on rêver meilleure transposition à l’écran ? Incroyablement fidèle au matériau d’origine, pourtant foisonnant, Snyder ne se laisse pas pour autant tenter par l’esthétisation extrême de son propre 300, inscrivant au contraire son film dans une Amérique des années 80 réaliste et alternative – où Nixon est président.

Intelligent, le casting évacue toute superstar pour mieux coller aux personnages dessinés, et l’empathie qu’ils suscitent n’en est que plus forte. Dès lors, les presque trois heures du métrage passent comme une lettre à la poste et l’on suit avec passion ce drame apocalyptique rompant régulièrement sa chronologie pour mieux exposer le passé des protagonistes et l’origine de leur « vocation ». Ponctué d’extraits musicaux surprenants et de quelques clins d’œil cinéphiliques inattendus  (notamment à Apocalypse Now pendant la guerre du Viet-Nam et à Docteur Folamour dans la grande salle de réunion de la Maison Blanche), Watchmen s’orne également d’effets spéciaux hallucinants.

Par la magie du « performance capture », un Docteur Manhattan 100% numérique s’anime ainsi en calquant son physique et ses attitudes sur celui que Gibbons dessina quelque vingt ans plus tôt, preuve qu’une adaptation fidèle du roman graphique eut été bien plus délicate sans les dernières avancées technologiques. Alors que Iron Man, Hancock et The Dark Knight sont encore dans toutes les mémoires, Watchmen bouleverse à son tour le motif du super-héros, oscillant sans cesse entre l’action, la peur, le rire et l’émotion pour mieux questionner la nature humaine et le statut du héros dans nos sociétés tourmentées.
 
© Gilles Penso
Thema: SUPER-HÉROS

BONUS : Zack Snyder et ses héros