2015 - STAR WARS : LE REVEIL DE LA FORCE

(Star Wars : The Force Awakens)
de J.J. Abrams (Etats-Unis)
avec Daisy Ridley, John Boyega, Harrison Ford, Peter Mahyew, Oscar Isaac, Adam Driver, Carrie Fisher, Mark Hamill 

Comment trouver l’équilibre idéal entre le retour aux sources nostalgique et le renouveau radical ? Comment toucher à une saga adulée dans le monde entier depuis presque 40 ans sans se brûler les doigts ? Comment écrire et diriger un film personnel tout en sacrifiant au cahier des charges d’un studio engagé dans une titanesque opération marketing ? En y laissant des plumes, forcément. Malgré toute sa bonne volonté, son savoir-faire indéniable et ses alliés de poids (dont le moindre ne fut pas le co-scénariste Lawrence Kasdan), J.J. Abrams n’a pas pu sauver tous les meubles.  

Pourtant, le spectacle qu’il nous offre est de haute tenue (Le Réveil de la Force contient deux des meilleures batailles spatiales de la saga toute entière), sa mise en scène regorge d’idées visuelles souvent magistrales (ah, cette main ensanglantée qui marque un casque d’un seau indélébile et symbolise le traumatisme séminal d’un des personnages principaux !), les comédiens de la nouvelle génération crèvent l’écran et volent allègrement la vedette à « l’ancienne garde », les dialogues brillants débordent d’humour et d’émotion, la première demi-heure du film est à couper le souffle… Mais le soufflet retombe bien vite lorsqu’il devient clair que le scénario de cet épisode 7, au lieu de narrer la quête initiatique promise par le texte déroulant du générique, se contente de s’aliéner à celui des trois premiers films de la saga dont il reproduit servilement les figures imposées. 

L’Empire a été rebaptisé Premier Ordre, l’Etoile de la Mort est devenue le Starkiller, les Rebelles s’appellent maintenant Résistants, le casque de Dark Vador cède le pas à celui de Kylo Ren, le leader suprême Snoke remplace l’empereur Palpatine, mais rien n’a vraiment changé. Le sentiment de déjà-vu s’installe donc durablement et nous prive de l’effet de surprise, comme si les scénaristes s’étaient efforcés de caresser les fans dans le sens du poil en leur offrant un quasi remake de la trilogie initiale. Pris au jeu de la redite, ils accumulent du coup un grand nombre d’invraisemblances et de raccourcis embarrassants. Coïncidences improbables, rencontres fortuites et révélations téléphonées jalonnent ainsi le récit et entravent sa fluidité. John Williams lui-même, prisonnier d’un carcan trop référentiel, s’auto-cite sans parvenir à nous livrer de nouveaux thèmes mémorables. 

C’est d’autant plus dommage que de nombreux moments de grâce émergent régulièrement au fil de l’intrigue, notamment les états d’âme d’un « super-vilain » moins monolithique, plus impulsif, plus maladroit et finalement plus humain que le redoutable Dark Vador qui lui tient lieu de modèle. Star Wars 7 : le Réveil de la Force n’est donc pas vraiment le « Nouvel Espoir » tant attendu, mais il demeure largement supérieur à la seconde trilogie de George Lucas et possède un pouvoir de séduction indéniable qui, malgré ses innombrables scories, parvient à emporter l’adhésion. Le miracle n’est pas total, mais il opère tout de même. Episode de transition autant que premier volet d’une nouvelle trilogie, il balise en tout cas habilement le terrain pour un épisode 8 qu’on espère plus abouti, plus fluide et plus surprenant.

© Gilles Penso
Thema: SPACE OPERA