2017 – VALERIAN ET LA CITE DES MILLE PLANETES

de Luc Besson (France)
Avec Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen, Rihanna, Ethan Hawke

Chaque fois qu’un nouveau film de Luc Besson se profile sur les écrans, les passions ont tendance à se déchaîner au mépris de toute objectivité. Les colériques s’emportent sans retenue, laissant souvent le dédain irrationnel que leur inspire l’homme prendre le pas sur toute analyse. Les béats admirent la jolie facture des objets filmiques du cinéaste, tant conquis par leur aspect récréatif que la vacuité de certains scénarios leur passe au-dessus de la tête. Comment juger Valérian et la Cité des Mille Planètes en toute impartialité dans un tel contexte ? Sans doute en essayant d’appréhender le film lui-même indépendamment de l’homme derrière la caméra. 

Comme chacun sait, les aventures dessinées de Valérian et Laureline égayent les pages du magazine Pilote depuis la fin des années 60, sous la plume fertile de Pierre Christin et le crayon alerte de Jean-Claude Mézières. Figure de proue d’un space opera décomplexé qui n’allait acquérir ses lettres de noblesse cinématographiques qu’en 1977 à l’initiative de George Lucas, l’œuvre de Christin et Mézières méritait bien un long-métrage à la hauteur de ses folles ambitions. Pour que cet irrésistible couple d’agents du service spatio-temporel ne quitte pas son giron français, le nom de Luc Besson s’imposait logiquement. Sans doute était-il le seul, dans l’hexagone, capable de réunir les capitaux nécessaires à une telle entreprise. Mais au-delà de l’aspect financier, Besson était-il l’homme de la situation ? Question délicate. Le Cinquième Elément nous avait déjà largement mis la puce à l’oreille vingt ans plus tôt. Fruit du mixage contre-nature de vingt années de films de SF hollywoodiens, ce maelstrom indigeste aux goûts visuels très discutables et au scénario d’une vertigineuse indigence prouvait que les affinités de Luc Besson avec la science-fiction n’étaient que cosmétiques (si l’on excepte le miracle du Dernier Combat, œuvre de jeunesse co-écrite par Pierre Jolivet qui s’inscrivait dans un contexte post-apocalyptique austère et tirait de son cruel manque de moyens une inventivité de tous les instants sans chercher à imiter qui que ce soit). 

Or Valérian suit tranquillement la trace du Cinquième Elément. Nous sommes une fois de plus en présence d’un cocktail bizarre recyclant une demi-douzaine de space opéras hollywoodiens jusqu’à frôler dangereusement le plagiat. La reprise de la séquence sous-marine de La Menace Fantôme laisse déjà perplexe. Mais que dire de cette copie éhontée des Na’vis d’Avatar ? Que personne, à aucun stade de la production du film, n’ait osé dire à Besson que ses extra-terrestres bleus de trois mètres de haut, vivant comme une paisible peuplade primitive en harmonie avec la nature et se heurtant à la cupidité de l’homme civilisé, ressemblaient un peu trop aux aliens de James Cameron, prouve à quel point le réalisateur/producteur/scénariste a les pleins pouvoirs. Même les belles séquences d’action du film – Valerian en contient un certain nombre, soyons honnêtes – sont gâchées par des choix de mise en scène inadéquats, notamment une course-poursuite haletante située simultanément dans deux espaces parallèles sabordée par l’illisibilité de son déroulement, et une grande bataille spatiale finale qui perd une grande partie de son impact à cause de son insertion elliptique dans un flash-back bavard. 

Pourtant, nous étions sincèrement prêts à jeter aux orties tout à priori pour nous embarquer dans une aventure spatiale grisante « made in France ». Encore eut-il fallu que le scénario s’organise autour d’enjeux clairs, que le couple de héros ne donne pas l’impression de sortir tout juste du lycée, que le message final ne confonde pas pacifisme et mièvrerie (« l’amour c’est mieux que la guerre » nous dit en substance une Cara Delevingne aussi peu expressive qu’un papier peint), que la narration ne s’interrompe pas brutalement pour asséner aux spectateurs un numéro de strip-tease interminable et embarrassant. Finalement, c’est peut-être son traitement des personnages féminins qui marque le mieux la scission entre les deux Luc Besson, celui des années 80/90 et celui d’après Le Cinquième Elément. Le cinéaste qui offrit jadis des rôles si forts à Isabelle Adjani et Anne Parillaud semble désormais se contenter de transformer la femme en objet sexuel écervelé, ou tout du moins en faire-valoir esthétique pour le héros masculin. Appeler le film Valerian au lieu de Valerian et Laureline en dit assez long à ce propos…

© Gilles Penso
Thema: SPACE OPERA