1966 - MATT HELM, AGENT TRES SPECIAL


(The Silencers)
de Phil Karlson (USA)
avec Dean Martin, Stella Stevens, Daliah Lavi, Victor Buono, Arthur O’Connell, Robert Webber, James Gregory, Nancy Kovacs

Lorsqu’Albert Broccoli décida d’adapter les romans de James Bond à l’écran, il proposa à son partenaire Irving Allen de se lancer dans l’aventure avec lui. Peu confiant dans l’avenir financier d’un tel projet, Allen déclina l’offre… et s’en mordit évidemment les doigts jusqu’aux coudes suite au succès inespéré dJames Bond contre Docteur No et ses séquelles. Pour essayer tant bien que mal de rattraper le coup, Allen acheta les droits des romans d’espionnage de David Hamilton qui narraient les exploits de Matt Helm, agent au service de l’organisation secrète ICE. Pour donner corps au héros, Allen opta pour Dean Martin, naturellement à l’aise dans le rôle du playboy décontracté. 

Du roman « The Silencers » dont il est censé s’inspirer, Matt Helm Agent Très Spécial ne conserve que quelques éléments disparates, et de l’univers réaliste créé par Hamilton, cette semi-parodie oublie quasiment tout, au grand dam des amateurs du romancier. Reconverti à la photographie de mode après ses bons et loyaux services pour le contre-espionnage de l’Oncle Sam, Matt Helm est recontacté par ses supérieurs à cause de la menace que représente le péril jaune personnalisé, autrement dit Tung-Tze (Victor Buono, sous un maquillage asiatique aussi peu convaincant que l’accent chinois qu’il utilise pour déclamer ses répliques). Chef de l’organisation Big-Zero, Ting-Tze a détourné un missile nucléaire et projette de l’envoyer sur le Nouveau-Mexique, à Alamogordo, afin de déclencher une troisième guerre mondiale. 

Généreusement empli de jolies filles court-vêtues, de gadgets absurdes, d’inoffensives poursuites automobiles et de gags sans finesse, Matt Helm Agent Très Spécial se contente de caricaturer ce qui fit le succès de la saga 007 (alors en plein essor suite au triomphe d’Opération Tonnerre) sans jamais chercher à en retranscrire la brutalité ou l’inventivité. Elmer Bernstein compose du coup une partition jazzy faisant écho à celles de John Barry, le chef décorateur Joe Wright peine à rivaliser avec la folie visuelle des créations de Ken Adam, et Dean Martin déambule dans le film d’un air désabusé, poussant régulièrement la chansonnette en voix-off pour rentabiliser ses talents de crooner. 

Cette imitation édulcorée de 007 se laisse aller à bon nombre d’allusions à James Bond contre Docteur No, notamment avec la présence de la jeune femme qui s’immisce chez Helm avec pour tout vêtement une de ses chemises (comme la mémorable Sylvia Trench interprétée par Eunice Gayson), mais aussi le super-vilain chinois incarné par un comédien caucasien et son repaire futuriste au cours duquel se déroule un climax modérément explosif. Les seules véritables réjouissances du film sont dues aux deux principales actrices féminines, la renversante Dahlia Lavi assurant le rôle de la co-équipière ambiguë et la délicieuse Stella Stevens celui de la touriste exagérément maladroite. Malgré ses faibles ambitions artistiques et l’excessive légèreté de son traitement, Matt Helm Agent Très Spécial remporta un franc succès – aidé bien évidemment par la vogue des films d’espionnage provoquée par Broccoli – et fut suivi par trois séquelles obéissant aux mêmes recettes.

© Gilles Penso